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Bernard Mariette: Son actualité chez LOLË, son passé chez Quiksilver

 
 
 

Son actualité chez LOLË, son passé chez Quiksilver

Tiffany Montgomery |  le 23 Aout, 2018

Lors de mon séjour à Montréal, j’ai passé quelques heures avec Bernard Mariette, l’ex président de Quiksilver qui est maintenant président et actionnaire de la marque de lifestyle LOLË.

Je voulais voir ce qu’il a construit, et j’ai également constaté que c’était un homme transformé. Le départ forcé de Bernard après l’acquisition de Rossignol s’est avéré traumatique non seulement pour lui mais aussi pour la poignée d’exécutifs qui avaient fait corps afin de le faire congédier. A présent, l’eau a coulé sous les ponts et les blessures se sont refermées, et on a parlé de ses forces, de la façon dont il mentore les employés les plus motivés, de son intuition pour la finance et le don qu’il a avec les chiffres, de son charme et de sa vision. J’ai voulu tout savoir à propos de sa vie chez LOLË mais aussi comment il a traversé les épreuves dans le passé.

Bernard m’a montré ses bureaux implantés dans un ancien bâtiment du Vieux Montréal aux allures de grand loft qu’il a lui-même pensé. Nous avons visité le très impressionnant magasin de la rue Ste Catherine au cœur du Downtown, et nous sommes dirigés au Sofitel à l’heure du lunch avant qu’il ne prenne un vol pour l’Europe. Nous avons discuté de sa nouvelle vision de la vie et de son introspection après la fin brutale chez Quiksilver. Comment sa réflexion et son nouvel état d’esprit l’ont amené à investir dans LOLË, et bien sûr, nous avons évoqué sa stratégie pour cette marque dont la croissance est très rapide. Je lui ai aussi demandé son avis sur l’association Quiksilver Billabong, sur l’état de l’industrie du surf. Bernard avait des choses très intéressantes à dire à propos de chacun de ces sujets sur lesquels je reviendrai plus tard.

Le Bernard d’aujourd’hui est différent de celui que j’ai connu il y a 10 ans. Il se passionne pour la méditation, il a arrêté de boire de l’alcool, il est calme et paisible. Il a perdu du poids et son regard est clairvoyant. « Après ce qu’il s’est passé chez Quiksilver je savais qu’il fallait que je change ma façon de penser et ma façon de voir le monde »
Le temps et sa nouvelle façon de regarder les choses lui ont permis d’avoir un regard très Zen sur ses 15 années dans la compagnie, y compris sur la fin plutôt pas très belle. Oui ce fût une fin douloureuse mais il se souvient aussi des bons moments.
« La plupart des meilleures choses qui me sont arrivées dans ma vie professionnelle sont arrivées chez Quiksilver. J’ai énormément appris de Bob McKnight, Harry Hodge et Alan Green. Ils ont fait partie de ma vie et nous avons partagé de très bons moments ensemble, vraiment. »
A présent, il déploie toute son énergie au développement et à la croissance de LOLË, la marque qui est le reflet de sa vision de sa vie maintenant.

LOLË une marque active et spirituelle

LOLË repose sur trois univers : l’athlétique, l’outdoor et le lifestyle. En incluant le yoga et la méditation au centre. LOLË c’est l’harmonie, l’unité et l’authenticité avec soi-même et les autres.

La marque est en croissance forte et LOLË ouvre des magasins aux Etats Unis et au Canada en incluant Park City, Tahoe, Vail, Whistler et Lake Louise.
« LOLË compte 42 magasins qui marchent extrêmement bien dans les stations de ski du fait de ses collections destinées aux 4 saisons » affirme Bernard.
« Nous sommes ancrés dans les 4 saisons » dit-il. « Si vous êtes Burton ou bien Salomon, c’est l’hiver qui fait votre force. Si vous êtes Adidas ou Nike, c’est en été que vous serez bons. Nous offrons des vêtements aussi bien pour l’hiver que l’été. En hiver, nos clients vont vers l’outdoor tandis qu’en été ce sont les produits athlétiques qui les attirent le plus. Nous avons aussi des produits plus fashion, que nos consommateurs peuvent porter tout au long de l’année.
Quand les clients quittent les stations, ils continuent à acheter nos vêtements. Bernard fait référence à ses ventes en ligne au Mexique qu’il attribue aux mexicains qui vont en vacances dans des stations comme Vail ou bien Whistler. Ils découvrent la marque et quand ils rentrent chez eux ils continuent à acheter en ligne.
« Au début, nous avons choisi un réseau de distribution complexe, mais sur le long terme c’était une bonne chose. Nous avons développé 3 réseaux : le wholesale, nos propres magasins et internet. C’était il y a 9 ans, évidemment au début, nous étions en conflit avec les détaillants mais aujourd’hui, toutes les chaines sont fortes, complémentaires et profitables. »
Le e-commerce et les magasins LOLË représentent à eux deux 37% des ventes.

Une chose est sûre, Bernard sait comment faire croitre un business. Quand il est devenu associé en 2009, les revenus annuels affichaient 15 millions CAD, à présent les revenus ont atteint les 100 millions.

LOLË compte des grands noms parmi ses associés tels que Herb Simon, le co-fondateur du groupe Simon Property et le propriétaire des Pacers, l’équipe de basket d’Indiana. Bernard et lui possèdent 85%, le reste est réparti sur des petits actionnaires.
« A l’heure actuelle, LOLË n’est pas encore très implanté aux Etats Unis. Par contre, au Canada, LOLË est le numéro 2 après Lululemon » affirme Bernard, et il pense que c’est bien pour l’industrie en général.
« C’est comme dans les tournois de golf ou de tennis, vous n’avez pas qu’un seul bon joueur, vous devez avoir des concurrents forts, seule manière pour évoluer. »
« Lululemon est de loin le leader de l’industrie, il faut qu’il y ait un numéro 2 avec les mêmes valeurs et le même engagement tout en étant différent au niveau des produits. »
Il est évident que le yoga et la méditation sont au centre de la mission de LOLË mais il y a d’autres éléments.

« Nous sommes convaincus que la vie est un équilibre : nous voulons que les gens s’amusent, fassent la fête mais aussi qu’ils intègrent le yoga dans leur quotidien parce que cela va améliorer sensiblement leur vie. Nous ne faisons pas la promotion du yoga pour que ça devienne le centre de leur existence. »
Bernard est persuadé que ce n’est pas un hasard si Lululemon et LOLË sont des marques canadiennes.


Cet équilibre on le retrouve ici au Canada entre la nature, la culture et le respect de l’environnement. »
Depuis 2011, la marque organise des événements extraordinaires à l’échelle mondiale, le Lolë White Tour où des milliers de participants se rassemblent dans des lieux iconiques pour pratiquer le yoga et la méditation et vivre ensemble des moments de fraternité et d’harmonie.
Bernard a été inspiré par deux évènements annuels auxquels il a participé : les Fêtes de Bayonne en France où les gens de tous horizons se rassemblent en rouge et blanc pour célébrer la tradition, et le Soltice d’été à New York où des milliers de yogi se rassemblent dans la cacophonie de Times Square.
Le Lolë white Tour est devenu un évènement incontournable, il s’est arrêté dans des lieux tels que le Grand Palais à Paris, le Museum National d’Art à Barcelone, et Central Park à New York.

A la mi-août à Montréal, des milliers de personnes se sont montrés au Vieux Port cette année. (cf les photos plus bas)
Les visuels de l’événement sont hallucinants. Tous les tapis de yoga sont jaunes et les participants sont en blanc. LOLË a une collection spéciale Lolë White Tour pour ses évènements.

Quand j’ai fait remarquer à Bernard que cela ressemblait aux évènements de Roxy Fitness, il m’a précisé que le Lolë White Tour existait avant les rassemblements Roxy et il a rajouté que les évènements Roxy avaient certainement été inspirés du White Tour.
Le next step c’est le lancement de la collection homme cet automne qui proposera des doudounes , des jeans, un chino, des sweat pants et des shorts pour la course.
Parce que c’est une marque de yoga, l’angle marketing sera très intéressant, le tatouage artistique dont la source viendra des bureaux US à Venice Beach.

Lolë – Le plan de jeu

En tant que CEO de LOLË, le rôle de Bernard engendre beaucoup de voyages et de l’intensité. Je lui ai demandé où il allait, est ce qu’éventuellement il voudrait vendre et ralentir ?
« Je ne suis pas bien sûr de ce que je veux » affirme-t-il. J’adore partager ma passion pour une marque avec une équipe, construire ensemble, j’aime voir les gens s’épanouir et voir se réaliser notre vision.
« Par contre, est ce que je suis content que cela prenne des années ? Non. Cela prend toujours plus de temps que ce que j’avais imaginé. Et cela demande plus d’argent que ce que j’avais prévu. »
« Est ce que j’aimerais passer plus de temps avec mes amis et m’adonner à d’autres activités ? Oui. Par contre, est ce que cela me rendrait heureux ? Je ne pense pas. J’adore les challenges. »
« Est ce qu’à un moment donné j’aimerais faire entrer un actionnaire stratégique pour que ma vision globale se réalise ? Peut-être. Je n’ai pas construit tout cela pour vendre et faire de l’argent. Je l’ai fait parce que je voulais être heureux et je crois en la mission et aux valeurs de la marque.

L’industrie de l’Action sport aujourd’hui

Bernard a l’avantage de regarder l’industrie avec du recul, il a des remarques intéressantes quant à l’état dans lequel elle se trouve.
Alors que tout le monde se plaît à accuser Rossignol de la faillite de Quiksilver, en fait, il y a eu un problème plus général que toutes les marques ont ignoré depuis des années incluant Quiksilver, pense Bernard Mariette.

« Je l’ai moi-même ignoré en tant que professionnel, et je n’étais pas le seul : le ralentissement du surf de façon générale. Regardez les problèmes qu’ont rencontrés Billabong et Volcom, pensez-vous que Rossignol en soit la cause ? Non. »
« Le problème c’est que nous ne managions plus nos sociétés comme avant et nous avions tous un style de vie beaucoup trop extravagant. Tout était tellement génial, et nous pensions que cela allait durer ad vitam eternam. »

« En réalité, il aurait fallu réduire les coûts de façon drastique et se débarrasser des vaches sacrées alors que tout le monde cherchait des solutions à court terme et faisait des compromis comme vendre à une distribution de masse ce qui a fait mal chez les ados » affirme Bernard.
« C’est facile de parler rétrospectivement mais j’aurais vraiment aimé que, moi et tous les autres, ayons vu venir ces choses. »
Cependant, Bernard reste optimiste par rapport à la fusion Quiksilver/Billabong.

« Je pense que l’industrie est en mode survie et heureusement qu’il y a des gens comme Oaktree qui croit en elle » affirme Bernard Mariette.
« Je suis sûr que David Tanner est un grand leader, on ne se retrouve pas à ce poste par hasard, Oaktree va faire en sorte de sortir l’entreprise de cette mauvaise passe, ils doivent le faire, et ils y arriveront. »

« Je pense que quelque part l’industrie du surf est toujours présente, en fait, j’adorerais acheter une petite marque de surf. »
J’ai demandé à Bernard s’il portait encore du Quiksilver et je vous le donne en mille, il a souri : « j’adore et j’en suis fier, c’est mon bébé. J’adore voir les gens porter du Quik. »
« Les choses se sont-elles mal terminées ? Oui. Mais cela ne veut pas dire que tout le reste était mauvais » affirme Bernard en esquissant un sourire. « Tout le reste était magnifique. »